Les fondamentaux
Fascinantes fascias

Depuis environ 10 ans, la structure anatomique connue sous le nom de fascia est sur toutes les lèvres. Rouleaux pour fascias, balles pour fascias, massages des fascias, modèle de distorsion fasciale (FDM), yoga des fascias, etc. Mais qu'est-ce que ces fascias exactement ?
Les fascias forment une matrice de tissu conjonctif qui enveloppe toutes nos structures corporelles (muscles, ligaments et articulations, os, nerfs, vaisseaux sanguins et organes) comme un emballage. Ainsi, les fascias nous donnent notre forme (corps) et servent de première couche de protection contre les forces extérieures.

Frank Liebig créateur QS:P170,Q29586018, Spinnennetz in Tannenspitze, CC BY-SA 3.0 DE
Structure des fascias
Le fascia corporel peut être divisé en quatre couches distinctes. La couche la plus externe, située juste sous la peau, constitue le fascia panniculaire, souvent appelé fascia superficiel. Le fascia panniculaire est principalement composé de tissu conjonctif lâche et de graisse, et enveloppe l'ensemble de notre corps (tronc, bras et jambes), à l'exception des orifices corporels comme la bouche, les yeux, le nez, etc.
La deuxième couche est formée par le fascia du tronc (fascia profond ou fascia musculaire). Tout comme le panniculus, le fascia du tronc se développe à partir du mésenchyme embryonnaire. Il forme la matrice primitive dans laquelle se développent tous les muscles squelettiques, les os, les tendons, les ligaments et les articulations au cours du développement embryonnaire. Dans les bras et les jambes, le fascia du tronc est généralement appelé fascia musculaire – sa fonction reste toutefois la même : le tissu conjonctif dense et réticulé sert de couche protectrice et de glissement pour l'appareil locomoteur et transmet une partie de la force aux articulations lors de la contraction musculaire.
Les troisième et quatrième couches de fascias sont entourées par le fascia du tronc et sont appelées fascias méningés et viscéraux. Le fascia méningé entoure et protège notre système nerveux, tandis que le fascia viscéral sert de protection et de suspension à nos organes internes.
Il est important de souligner que ces quatre couches ne doivent pas être considérées comme des systèmes isolés, mais comme un continuum uni de structures tissulaires.
Les fascias corporels, tout comme les capsules articulaires et les septums intramusculaires et intraneuraux, appartiennent au tissu conjonctif et de soutien dense non orienté (réticulé) de notre corps. En revanche, les tendons et les ligaments sont constitués de tissu conjonctif orienté (à fibres parallèles). La différence réside dans l'agencement des fibres de collagène dans le tissu : en réponse aux tensions s'exerçant dans différentes directions, les fibres de collagène du tissu conjonctif dense non orienté forment des réseaux qui peuvent également se déplacer et se déployer dans plusieurs directions. Dans le tissu conjonctif orienté, toutes les fibres sont toujours alignées dans la même direction – elles sont parallèles les unes aux autres en raison d'une sollicitation toujours identique. C'est pourquoi les fascias sont beaucoup plus souples et mobiles que les ligaments.
En principe, les tissus conjonctifs orientés et non orientés sont constitués des mêmes éléments de base : des cellules et une matrice extracellulaire. Les cellules se divisent en fibroblastes/fibrocytes, chondroblastes/chondrocytes et ostéoblastes/ostéocytes. Le type de tissu que le tissu conjonctif va devenir dépend des contraintes mécaniques exercées sur le tissu, et plus particulièrement sur les cellules mésenchymateuses.
Si les forces exercées sur le tissu sont principalement des forces de traction, ce sont surtout des fibroblastes qui se développent, lesquels produisent à leur tour majoritairement des fibres de collagène de type I et très peu de substance fondamentale élastique, ce qui donne naissance aux tendons et aux ligaments. En revanche, si la pression domine sur le tissu, ce sont principalement des chondroblastes qui se développent, produisant exclusivement de la substance fondamentale et des fibrilles de collagène de type II très fines. C'est ce que l'on retrouve essentiellement dans le cartilage articulaire hyalin.
Dans le tissu fascial, ce sont principalement des fibroblastes qui se développent. Ceux-ci ne représentent qu'une petite partie du volume des fascias, mais ils jouent un rôle clé dans leur structure et leur rigidité. Les tâches des fibroblastes consistent à produire la majeure partie des éléments qui forment la matrice extracellulaire – à l'exception de la grande quantité d'eau présente dans le fascia – ainsi qu'à réparer les lésions tissulaires lors de la cicatrisation.
Outre les fibroblastes, le tissu fascial contient également des adipocytes (cellules graisseuses). Les adipocytes ne jouent pas seulement un rôle majeur dans la production d'œstrogènes, ils sont aussi d'importants producteurs de divers peptides et cytokines responsables de la régulation de l'appétit, de l'insuline et de la glycémie, ainsi que de l'angiogenèse (croissance des vaisseaux sanguins), de la vasoconstriction (rétrécissement des vaisseaux) et de la coagulation sanguine – des substances essentielles lors de la cicatrisation. Dans le fascia, les adipocytes sont denses et nombreux dans les zones soumises à de fortes forces de cisaillement et à des mouvements de glissement, car ils y servent d'amortisseurs.
Des études ont révélé que le fascia abrite de très nombreux types de récepteurs différents. Il s'agit notamment de récepteurs proprioceptifs myélinisés ainsi que d'une multitude de terminaisons nerveuses « libres » non myélinisées. Ces terminaisons nerveuses fournissent à notre cerveau des signaux essentiels pour le contrôle du mouvement et de la posture (proprioception), où la perception consciente et inconsciente de la posture et du mouvement est élaborée grâce aux informations provenant d'autres sources de notre corps. Si l'on considère le nombre de récepteurs dans le tissu fascial, il est probablement tout aussi grand, voire plus grand, que le nombre de récepteurs dans la rétine (la membrane de l'œil). On peut donc facilement imaginer que le fascia est l'un de nos organes de perception les plus importants !
Le chirurgien de la main français Dr. Jean-Claude Guimberteau nous a offert un aperçu fascinant de la structure et de la fonction du fascia. Grâce à l'endoscopie peropératoire, il a étudié comment les fibres du fascia bougent et se comportent. Son film « Promenades sous la peau » offre une immersion merveilleuse sous l'épiderme.
"PROMENADES SOUS LA PEAU OU A la découverte des architectures de la matière vivante", Dr. Jean-Claude Guimberteau
Rôle & fonction des fascias
En plus de son rôle d'organe sensoriel, le fascia doit être capable de se déformer très rapidement dans différentes directions et plans, puis de retrouver instantanément sa forme initiale – car le fascia agit comme le tout premier bouclier de protection lors d'impacts extérieurs. Nos muscles, nos os et nos articulations ne supportent généralement pas les chocs directs sans subir de dommages. Pour prévenir les blessures musculaires (comme les déchirures), le fascia doit agir immédiatement comme un amortisseur lors d'impacts violents et rapides, car la musculature elle-même réagit trop lentement pour éviter la blessure.
Lors de mouvements unilatéraux et unidimensionnels, des adhérences peuvent se former au sein du fascia. Ce sont les fameux « crosslinks ». Le fascia perd alors une partie de sa capacité de glissement. Par conséquent, il ne peut plus absorber l'intégralité de la force de l'impact, ce qui peut conduire à une déchirure musculaire.
Au-delà de sa fonction d'enveloppe protectrice, le fascia sert de couche de glissement et de déplacement grâce à sa structure multicouche. Imaginez que chaque nerf, artère, veine, muscle et même groupe musculaire soit enveloppé et séparé par un fascia. Le fascia permet ainsi le mouvement et le glissement entre toutes ces structures de notre corps.
De plus, cette architecture fasciale soutient la musculature dans la transmission des forces entre les muscles, les groupes musculaires et les articulations lors du mouvement et du sport – on travaille en « chaînes myofasciales ». Ces chaînes sont nommées différemment selon les auteurs, mais elles ont toutes un point commun : chaque groupe musculaire a besoin d'une base pour remplir sa fonction. Cette base est constituée d'autres groupes musculaires, qui sont à leur tour stabilisés par d'autres, et ainsi de suite. Certaines thérapies reposent sur la théorie des chaînes myofasciales, comme la facilitation neuromusculaire proprioceptive (PNF) du Dr Herman Kabat. Il s'agit d'une méthode de traitement des paralysies musculaires liées à la poliomyélite. L'idée est ici d'activer les muscles paralysés en synergie avec/via d'autres chaînes musculaires.
Thérapie
Pourquoi le traitement des fascias est-il si crucial et efficace ? Imaginez le système fascial comme quatre collants superposés, traversés par des nerfs, des vaisseaux sanguins et lymphatiques. Pour permettre le mouvement, ces quatre collants doivent pouvoir glisser librement les uns par rapport aux autres dans toutes les directions. En cas de crosslinks entre les couches, la mobilité se retrouve limitée, et cela a également un impact direct sur les systèmes nerveux, sanguin et lymphatique.
Si vous pincez le collant au niveau du mollet avec la main, comme c'est le cas lors de la formation d'une cicatrice dans le tissu fascial après une opération, vous pouvez facilement observer jusqu'où le collant est mis sous tension. C'est pourquoi il n'est pas surprenant qu'une blessure, une restriction ou une cicatrice puisse causer des problèmes dans une tout autre partie du corps, au-delà d'autres articulations.
En cas de douleurs ou de limitations de l'appareil locomoteur, le rôle du physiothérapeute et de l' ostéopathe est d'identifier dans quelle structure se situe le blocage ou la perte de mobilité, afin d'appliquer une technique adaptée pour libérer les tensions, soulager la douleur et permettre aux tissus de retrouver leur état normal.
Des études récentes semblent démontrer que les fascias sont capables de se contracter et jouent un rôle clé dans le développement et la transmission de la force [1,2]. De plus, ils fonctionnent en synergie avec les muscles, les tendons et les articulations comme un mécanisme d'absorption des forces rapides. Selon notre approche, les fascias doivent donc être considérés et traités dans leur globalité avec les muscles. En fonction des symptômes, l'accent de l'entraînement et de la thérapie peut être mis sur certaines structures, mais comme celles-ci sont étroitement liées, c'est toujours le corps entier qui est sollicité. Les techniques de thérapie manuelle pour traiter les problèmes fasciaux et musculaires comprennent notamment le massage des fascias/du tissu conjonctif, le relâchement myofascial (myofascial release), le FDM, les points gâchettes (trigger points) et la thérapie par Dry Needling, la PNF, les étirements, l'utilisation de rouleaux pour fascias, etc.
Entraînement des fascias
Les fascias peuvent et doivent être entraînés en synergie avec l'ensemble de l'appareil locomoteur pour garantir leur glissement et leur fonctionnalité. Cependant, en raison de leur anatomie et de leur fonction, nous pensons qu'il est très difficile d'entraîner le fascia de manière isolée : on entraîne en réalité tout le système neuro-musculaire. L'essentiel est de travailler dans toutes les dimensions et d'éviter les mouvements unilatéraux. Les disciplines comme le Pilates et le Yoga sont d'excellentes options, tout comme les exercices de sauts (par exemple, la corde à sauter). Le High Intensity Interval Training (HIIT) se prête également très bien aux méthodes d'entraînement fascial. Lors du HIIT, les articulations sont toutefois plus sollicitées qu'au yoga ou au Pilates, c'est pourquoi nous recommandons de pratiquer ce type d'entraînement sous la supervision ou avec l'accompagnement d'un physiothérapeute ou d'un entraîneur personnel.
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Ostéopathie et Physiothérapie | Réadaptation et Entraînement
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Références bibliographiques
Zügel M,Maganaris CN, Wilke J, et al.
Br J Sports Med 2018;52:1497.
[2] Are muscles mechanically independent?
Robert D. Herbert, Phu D. Hoang, and Simon C. Gandevia
J Appl Physiol 104: 1549–1550, 2008; doi:10.1152/japplphysiol.90511.2008.
Crédit photo de couverture

anonyme, Kreuzspinne, Netz im Gegenlicht, marqué comme domaine public, détails sur Wikimedia Commons



